Radiation erronée du RSI : l’URSSAF répare la chance perdue d’étaler trois ans de cotisations

Publié le 30 octobre 2026

Radié à tort par le RSI, puis sommé de payer trois ans de cotisations en trois mois, un gérant fait condamner l’URSSAF : les cotisations restent dues, la chance de les étaler est indemnisée. Le RSI avait reconnu son erreur par écrit le 10 décembre 2012. Cour d’appel d’Aix-en-Provence, 20 octobre 2026 (RG 22/04656).

Le RSI, régime social des indépendants, a disparu : l’URSSAF vient à ses droits. Elle réclamait trois appels de cotisations de 16 864 €, 6 977 € et 17 594 €, puis une contrainte de 25 696 € (l’acte par lequel l’organisme réclame sa créance après une mise en demeure restée sans effet).

La cour confirme 6 000 € de préjudice financier et 4 000 € de préjudice moral, et ajoute 3 000 € pour les frais de l’appel.

Votre organisme vous a écrit pour reconnaître une erreur, puis vous réclame plusieurs années de cotisations d’un coup ? Une consultation avec un avocat spécialiste permet d’examiner vos courriers avant de payer ou de contester.

L’essentiel

1La cour d’appel d’Aix juge fautif d’avoir radié un gérant par erreur, puis de lui réclamer trois ans de cotisations en un seul délai.

2Vérifiez la date de chaque appel de cotisations, le délai laissé pour payer et la qualité sous laquelle l’organisme vous écrit.

3Les cotisations restent dues. L’URSSAF indemnise la chance perdue de les étaler (95 %) et un préjudice moral. L’arrêt reste susceptible de pourvoi.

Face à l'URSSAF, la CGSS, la MSA, la CPAM, consultez un Avocat Spécialiste : réservation sur rocheblave.fr

Face à l’URSSAF, la CGSS, la MSA, la CPAM…

Consultez un Avocat Spécialiste

Maître Eric ROCHEBLAVE, avocat au Barreau de Montpellier, spécialiste en droit du travail et en droit de la sécurité sociale et de la protection sociale. Consultation par téléphone, partout en métropole et outre-mer, après étude préalable de vos pièces.

995 € HT, étude préalable de vos pièces comprise

Réservation sur rocheblave.fr

Couverture du livre Contester un redressement URSSAF, édition 2027, par Maître Eric ROCHEBLAVE

Entreprises, dirigeants, indépendants face à l’URSSAF

Le livre de Maître Eric ROCHEBLAVE : Contester un redressement URSSAF

Édition 2027. Les vices de procédure qui peuvent annuler un redressement, acte par acte, de l’avis de contrôle à la saisie. Plus de 400 décisions de justice citées.

Ebook PDF de 244 pages · 99 € TTC · Livraison immédiate

En vente sur rocheblave.info

Les faits

Ce gérant était immatriculé auprès du RSI en qualité de commerçant, au titre de la gérance de deux sociétés à responsabilité limitée. Le RSI a disparu depuis : l’URSSAF Provence-Alpes-Côte d’Azur vient à ses droits.

Le 10 décembre 2012, le RSI lui écrit que ses services ont analysé sa situation comme une cessation d’activité. Cette analyse « s’avère erronée » et a conduit à le radier « à tort » de ses fichiers. La radiation à tort est annulée, et le RSI annonce l’appel prochain des cotisations.

Le lendemain, 11 décembre 2012, trois courriers arrivent. Le premier réclame 16 864 € pour 2010, à régler au plus tard le 11 mars 2013 sous peine de majorations de retard. Le deuxième réclame 6 977 € pour 2011, dans le même délai. Le troisième réclame 17 594 € pour 2012.

L’exposé du litige évoque un échéancier pour cette dernière année. La cour retient pourtant, dans ses motifs, un seul délai de trois mois pour les trois années.

Le gérant ne paie pas. Le RSI le met en demeure (lettre qui somme de payer sous un délai) par un courrier du 9 octobre 2013, puis une contrainte de 25 696 € est éditée le 18 avril 2014.

Après opposition du gérant, le tribunal des affaires de sécurité sociale des Alpes-de-Haute-Provence valide la contrainte : la cour relève un jugement du 20 avril 2016. La dette est donc reconnue.

Le 22 novembre 2018, l’URSSAF délivre un commandement aux fins de saisie-vente, l’acte qui précède la saisie des biens. Le 2 juillet 2020, le gérant assigne l’URSSAF en indemnisation.

Le 23 février 2022, le tribunal judiciaire de Digne-les-Bains lui alloue 6 000 € de préjudice financier et 4 000 € de préjudice moral. Il y ajoute 2 500 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile, qui couvre les frais non compris dans les dépens. L’URSSAF fait appel le 20 mars 2022.

La décision : la cour retient la faute de l’organisme, sans exiger de faute lourde

Premier motif : l’aveu d’erreur, puis les trois appels du même jour, forment la faute

Selon l’article 1240 du code civil, tout fait de l’homme qui cause à autrui un dommage oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. Pour prouver la faute, le gérant produit le courrier du 10 décembre 2012, dans lequel l’organisme s’excuse de son erreur.

L’URSSAF soutient que l’erreur de ses services n’est ni une négligence grave ni une faute lourde, et qu’un professionnel aguerri aurait dû s’inquiéter de l’absence d’appel de cotisations.

La cour répond que la radiation n’a pas duré que quelques jours, puisque les trois appels sont arrivés le même jour. Elle ne répond pas expressément à l’argument du professionnel aguerri. La faute consiste à radier par erreur, puis à solliciter trois années de cotisations en un seul délai de trois mois.

La cour ajoute que l’article 1240 n’exige pas de faute lourde : « le texte susvisé n’exigeant pas la démonstration d’une négligence grave ou d’une faute lourde ». Elle relève aussi que le RSI a écrit au gérant en qualité de gérant d’une société dissoute depuis février 2009, au siège de sa liquidation, ce qui a accru sa confusion.

Second motif : le préjudice n’est pas la dette, c’est la chance de l’étaler

La cour confirme que la faute n’a pas pu causer un préjudice financier tenant au paiement des cotisations. Le gérant a exercé son activité pendant la période, et la créance a été reconnue par le juge de la sécurité sociale.

Le préjudice financier tient à autre chose : la perte de chance de régler les cotisations de façon échelonnée, évaluée à 95 %. Le gérant justifie d’une baisse de ses revenus à compter de 2012 et d’un commandement aux fins de saisie-vente du 22 novembre 2018. La cour confirme les 6 000 €.

Troisième motif : la sidération et les procédures de recouvrement justifient 4 000 €

La cour prend en considération la sidération suscitée par la réception de courriers datés du même jour, qui accordent trois mois pour trois années de cotisations, et les tracas des procédures de recouvrement. Elle confirme les 4 000 € de préjudice moral.

Sur les frais, l’URSSAF supporte les dépens d’appel et doit 3 000 € au gérant au titre de l’article 700 du code de procédure civile. Sa propre demande de 2 000 € est rejetée.

Ce que retient la cour d’appel : trois enseignements décisifs

1. Un courrier d’excuses de l’organisme prouve l’erreur. C’est la lettre du 10 décembre 2012 qui établit la faute. Conservez tout courrier par lequel votre caisse reconnaît une erreur.

2. La faute tient à l’enchaînement. La cour retient ensemble la radiation par erreur et la demande de trois années de cotisations en un seul délai de trois mois.

3. L’indemnisation répare la chance perdue, pas la dette. Le préjudice financier est la chance de les étaler, évaluée à 95 %, et le préjudice moral est indemnisé à part.

Ce que la décision ne dit pas

Il s’agit d’un arrêt de cour d’appel, rendu dans un dossier précis : un courrier d’excuses, trois appels le même jour, des courriers adressés au titre d’une société dissoute. Ce qui a fonctionné ici ne se transpose pas mécaniquement.

L’arrêt est susceptible de pourvoi en cassation. Le délai est de deux mois sauf disposition contraire (article 612 du code de procédure civile) ; son point de départ dépend de la notification de l’arrêt.

L’organisme peut opposer l’arrêt de la deuxième chambre civile de la Cour de cassation du 5 janvier 2023 (n° 21-13.644, rejet). La Cour y approuve une cour d’appel d’avoir exclu toute indemnisation d’un assuré de la CIPAV, la caisse de retraite des professions libérales, dont le préjudice avait pour seule origine sa méconnaissance de ses obligations.

La différence tient aux faits : cet assuré savait être affilié et n’avait fait aucune démarche auprès de la caisse, alors qu’ici l’organisme a lui-même reconnu son erreur par écrit. L’analogie reste à manier avec prudence, la CIPAV n’étant pas le RSI.

Un mécanisme voisin de perte de chance se retrouve dans l’affaire de la CIPAV condamnée pour défaut d’affiliation.

Ce que je vois dans mes dossiers

Dans les arrêts que je lis, la faute est retenue sans exiger qu’elle soit lourde, et le préjudice est une chance perdue, non la dette. À Aix-en-Provence (20 octobre 2026, RG 22/04656), c’est la chance d’étaler des cotisations. À Paris (2 octobre 2026, RG 21/05268), pour la CIPAV, c’est la chance de cotiser pour la retraite : 12 000 €.

L’organisme oppose que les cotisations sont portables, c’est-à-dire à régler sans attendre d’appel, et que le cotisant doit se manifester. La Cour de cassation l’a admis le 5 janvier 2023 (n° 21-13.644) pour un assuré qui savait être affilié et n’avait fait aucune démarche auprès de la caisse. L’analogie avec le RSI demande de la prudence.

Ce que je vérifie en premier : ce que le cotisant savait, et quand. Un courrier d’excuses de l’organisme, comme ici, change la discussion sur la faute. Je cherche ensuite la preuve du préjudice, revenus et mesures d’exécution, que la cour de Paris a exigée pour le préjudice moral. C’est mon avis de praticien, non une règle posée par ces arrêts.

Méthode : textes et décisions lus au texte intégral sur Légifrance et Judilibre le 30 octobre 2026.

Sources : Cass. 2e civ., 5 janvier 2023, n° 21-13.644 ; Cass. soc., 12 juillet 1995, n° 93-12.196 ; article 1240 du code civil ; article 2224 du code civil ; article R. 133-3 du code de la sécurité sociale ; article 612 et article 700 du code de procédure civile. Les arrêts d’appel d’Aix-en-Provence et de Paris sont publiés sur Judilibre.

Les erreurs à éviter et les délais à tenir

Délai Point de départ Texte Si le délai est dépassé
1 mois Notification de la mise en demeure Art. R. 133-3 CSS L’organisme peut décerner une contrainte.
15 jours Notification ou signification de la contrainte (texte en vigueur depuis le 1er octobre 2026 ; pour une contrainte plus ancienne, vérifier la version applicable) Art. R. 133-3 CSS Le délai d’opposition prévu par le texte est dépassé : l’opposition risque d’être déclarée irrecevable.
5 ans Jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits Art. 2224 C. civ. L’action en indemnisation est prescrite.

Première erreur : croire que l’erreur de l’organisme efface la dette. Ici, le tribunal des affaires de sécurité sociale a validé la contrainte, et la cour relève que les cotisations étaient dues puisque l’activité avait été exercée. Pour une contrainte, voir notre page sur l’opposition à contrainte URSSAF.

Deuxième erreur : jeter les courriers. La lettre d’excuses du 10 décembre 2012 prouve la faute, et les trois appels portent la même date. Gardez les enveloppes ou les preuves de réception : elles datent chaque appel.

Troisième erreur : laisser courir le temps. L’action en indemnisation se prescrit par cinq ans à compter du jour où l’on a connu ou pu connaître les faits. L’arrêt commenté n’examine aucun moyen de prescription : ne vous y fiez pas.

Si votre organisme a reconnu une erreur avant de vous réclamer plusieurs années de cotisations, faites examiner vos courriers avant de payer, de contester ou de laisser un délai courir. Sur les erreurs de procédure des organismes, voir aussi l’avocat du vice de procédure et la page avocat URSSAF.

Face à l'URSSAF, la CGSS, la MSA, la CPAM, consultez un Avocat Spécialiste : réservation sur rocheblave.fr

Face à l’URSSAF, la CGSS, la MSA, la CPAM…

Consultez un Avocat Spécialiste

Maître Eric ROCHEBLAVE, avocat au Barreau de Montpellier, spécialiste en droit du travail et en droit de la sécurité sociale et de la protection sociale. Consultation par téléphone, partout en métropole et outre-mer, après étude préalable de vos pièces.

995 € HT, étude préalable de vos pièces comprise

Réservation sur rocheblave.fr

Couverture du livre Contester un redressement URSSAF, édition 2027, par Maître Eric ROCHEBLAVE

Entreprises, dirigeants, indépendants face à l’URSSAF

Le livre de Maître Eric ROCHEBLAVE : Contester un redressement URSSAF

Édition 2027. Les vices de procédure qui peuvent annuler un redressement, acte par acte, de l’avis de contrôle à la saisie. Plus de 400 décisions de justice citées.

Ebook PDF de 244 pages · 99 € TTC · Livraison immédiate

En vente sur rocheblave.info

Questions fréquentes

L’erreur du RSI ou de l’URSSAF annule-t-elle les cotisations dues ?

Non. Les cotisations restent dues dès lors que l’activité a été exercée. Dans l’arrêt de la cour d’appel d’Aix-en-Provence du 20 octobre 2026, la contrainte avait été validée par le tribunal des affaires de sécurité sociale. Seul le préjudice causé par l’erreur est indemnisé, sur le fondement de l’article 1240 du code civil.

Faut-il prouver une faute lourde pour engager la responsabilité d’un organisme de sécurité sociale ?

Non. L’article 1240 du code civil n’exige ni faute lourde ni négligence grave, selon la cour d’appel d’Aix-en-Provence (20 octobre 2026). La chambre sociale de la Cour de cassation juge de même qu’une caisse répond de sa faute, grossière ou non (12 juillet 1995, n° 93-12.196). Il faut une faute, un préjudice et un lien de causalité.

Que répare l’URSSAF lorsque sa faute est établie ?

Elle répare le préjudice causé par la faute, non la dette. Dans l’arrêt d’Aix-en-Provence du 20 octobre 2026, la perte de chance de régler les cotisations de façon échelonnée, évaluée à 95 %, donne 6 000 €, et le préjudice moral 4 000 €.

Quel est le délai pour agir en responsabilité contre un organisme de sécurité sociale ?

Selon l’article 2224 du code civil, les actions personnelles se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits. Le point de départ dépend des courriers reçus et de leurs dates de réception : faites-les examiner sans attendre.

Que doit vérifier l’expert-comptable quand son client reçoit plusieurs années de cotisations en une fois ?

Il relève la date de chaque appel, le délai laissé pour payer et la qualité sous laquelle l’organisme écrit, et conserve tout courrier reconnaissant une erreur. Une contrainte se conteste dans les quinze jours de sa notification ou signification (article R. 133-3 du code de la sécurité sociale, texte en vigueur depuis le 1er octobre 2026 ; version antérieure à vérifier).

Face à l'URSSAF, la CGSS, la MSA, la CPAM, consultez un Avocat Spécialiste : réservation sur rocheblave.fr

Face à l’URSSAF, la CGSS, la MSA, la CPAM…

Consultez un Avocat Spécialiste

Maître Eric ROCHEBLAVE, avocat au Barreau de Montpellier, spécialiste en droit du travail et en droit de la sécurité sociale et de la protection sociale. Consultation par téléphone, partout en métropole et outre-mer, après étude préalable de vos pièces.

995 € HT, étude préalable de vos pièces comprise

Réservation sur rocheblave.fr

Couverture du livre Contester un redressement URSSAF, édition 2027, par Maître Eric ROCHEBLAVE

Entreprises, dirigeants, indépendants face à l’URSSAF

Le livre de Maître Eric ROCHEBLAVE : Contester un redressement URSSAF

Édition 2027. Les vices de procédure qui peuvent annuler un redressement, acte par acte, de l’avis de contrôle à la saisie. Plus de 400 décisions de justice citées.

Ebook PDF de 244 pages · 99 € TTC · Livraison immédiate

En vente sur rocheblave.info

Le texte de référence : article 1240 du code civil

La cour fonde sa décision sur l’article 1240 du code civil, dans sa version en vigueur depuis le 1er octobre 2016. Les faits datent de 2012 ; la cour applique l’article 1240 dans sa numérotation actuelle.

Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.

Trois conditions s’en déduisent : une faute, un préjudice et un lien de causalité entre les deux. La cour d’appel de Paris le rappelle dans son arrêt du 2 octobre 2026, en jugeant que le texte s’applique à un organisme social quelle que soit la nature grossière ou non de sa faute. Lire l’article 1240 sur Légifrance.

Face à l'URSSAF, la CGSS, la MSA, la CPAM, consultez un Avocat Spécialiste : réservation sur rocheblave.fr

Face à l’URSSAF, la CGSS, la MSA, la CPAM…

Consultez un Avocat Spécialiste

Maître Eric ROCHEBLAVE, avocat au Barreau de Montpellier, spécialiste en droit du travail et en droit de la sécurité sociale et de la protection sociale. Consultation par téléphone, partout en métropole et outre-mer, après étude préalable de vos pièces.

995 € HT, étude préalable de vos pièces comprise

Réservation sur rocheblave.fr

Couverture du livre Contester un redressement URSSAF, édition 2027, par Maître Eric ROCHEBLAVE

Entreprises, dirigeants, indépendants face à l’URSSAF

Le livre de Maître Eric ROCHEBLAVE : Contester un redressement URSSAF

Édition 2027. Les vices de procédure qui peuvent annuler un redressement, acte par acte, de l’avis de contrôle à la saisie. Plus de 400 décisions de justice citées.

Ebook PDF de 244 pages · 99 € TTC · Livraison immédiate

En vente sur rocheblave.info

La décision intégrale

Arrêt publié sur Judilibre, la base de décisions de la Cour de cassation (identifiant 6ad87c9b7a1020213706a64f). Il est reproduit ci-dessous tel quel.

Lire l’arrêt intégral du 20 octobre 2026 (RG 22/04656)

COUR D’APPEL D’AIX-EN-PROVENCE

Chambre 1-1

ARRÊT AU FOND

DU 20 OCTOBRE 2026

N° 2026/ 384

Rôle N° RG 22/04656 – N° Portalis DBVB-V-B7G-BJEMF

Organisme URSSAFPROVENCE ALPES COTE D’AZUR

C/

[X] [L]

Copie exécutoire délivrée

le :

à :

Me Séverine TARTANSON

Me Pierre-philippe COLJE

Décision déférée à la Cour :

Jugement du TJ hors JAF, JEX, JLD, J. EXPRO, JCP de [Localité 1] en date du 23 Février 2022 enregistré au répertoire général sous le n° 20/00671.

APPELANTE

Organisme URSSAF PROVENCE ALPES COTE D’AZUR, demeurant [Adresse 1]

représentée par Me Séverine TARTANSON de la SELARL CABINET D’AVOCATS TARTANSON, avocat au barreau d’ALPES DE HAUTE-PROVENCE

INTIMÉ

Monsieur [X] [L]

né le 04 Août 1962 à [Localité 2], demeurant [Adresse 2]

représenté par Me Pierre-philippe COLJE de la SELARL DEFEND & ADVISE – AVOCATS, avocat au barreau d’ALPES DE HAUTE-PROVENCE

*-*-*-*-*

COMPOSITION DE LA COUR

En application des dispositions des articles 805 et 907 du code de procédure civile, l’affaire a été débattue le 07 Septembre 2026, en audience publique, les avocats ne s’y étant pas opposés, devant Madame Louise DE BECHILLON, Conseillère, chargée du rapport.

Ce magistrat a rendu compte des plaidoiries dans le délibéré de la Cour, composée de :

Madame Elisabeth TOULOUSE, Présidente de chambre

Madame Catherine OUVREL, Conseillère

Madame Louise DE BECHILLON, Conseillère

Greffier lors des débats : Mme Natacha BARBE.

Les parties ont été avisées que le prononcé de la décision aurait lieu par mise à disposition au greffe le 20 Octobre 2026.

ARRÊT

Contradictoire,

Prononcé par mise à disposition au greffe le 20 Octobre 2026

Signé par Madame Elisabeth TOULOUSE, Présidente de chambre et Mme Natacha BARBE, greffier auquel la minute de la décision a été remise par le magistrat signataire.

***

EXPOSÉ DU LITIGE

M. [X] [L] a été immatriculé à la sécurité sociale des indépendants en qualité de commerçant au titre d’une activité de gérant de la Sarl [1] entre le 7 juin 2005 et le 5 février 2009, et d’une activité de gérant de la la Sarl [2] entre le 16 mai 2000 et le 07 juin 2013.

Par courrier du 10 décembre 2012, le RSI lui a indiqué qu’il avait été radié à tort de ses fichiers et qu’il procédait à sa réinscription.

Par courier du 11 décembre 2012, le RSI lui a réclamé le paiement des cotisations dues au titre des années 2010, 2011 et 2012, avec un échéancier pour cette dernière année.

M. [L] n’ayant pas réglé les sommes mises à sa charge, le RSI l’a mis en demeure de lui verser la somme de 43 6714 euros par courrier du 9 octobre 2013. Le 18 avril 2014, une contrainte à hauteur de 25 696 euros a été éditée. Après opposition de M. [L], le tribunal des affaires de sécurité sociale des Alpes de Haute Provence a validé la contrainte.

Considérant que cet organisme avait commis une faute lui causant un prejudice, par exploit d’huissier du 2 juillet 2020, M. [L] a assigné l’URSSAF venant aux droits du RSI en indemnisation.

Par jugement en date du 23 février 2022, le tribunal judiciaire de Digne les Bains a :

Condamné l’URSSAF Provence-Alpes-Côte d’Azur à payer à M. [L] les sommes de :

6 000 euros au titre du préjudice financier

4 000 euros au titre du préjudice moral,

Dit que ces sommes porteraient intérêt au taux légal à compter de la signification du jugement,

Débouté les parties de leurs demandes plus amples et contraires,

Rappelé que le jugement était revêtu de l’exécution provisoire de droit,

Condamné l’URSSAF à verser à M. [L] la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile,

Condamné l’URSSAF aux dépens avec distraction.

Le tribunal a considéré en substance que la faute du RSI, consistant à n’avoir pas réalisé les appels de fond pour les années 2010 à 2012 en raison de la radiation erronée de M. [L] était établie.

Ajoutant que les cotisations étaient dues puisque son activité s’était bien poursuivie durant la période, le tribunal a estimé que le préjudice subi par M. [L] ne pouvait être constitué par ces cotisations qui restaient dues comme l’a jugé le tribunal des affaires de la sécurité sociale des Alpes de Haute Provence.

Il a néanmoins jugé que M. [L] avait subi un préjudice direct de cette erreur, caractérisé par une perte de chance de régler les sommes dues de façon échelonnée, avec les revenus tirés de son activité, sans qu’il ne puisse lui être reproché de ne pas avoir provisionné ces sommes, sa situation financière à la date à laquelle ces paiements ont été réclamés ayant conduit à des procédures de recouvrement forcé lui causant un préjudice moral.

Par déclaration en date du 20 mars 2022, dont la recevabilité et la régularité ne sont pas contestées, l’URSSAF a relevé appel de cette décision en visant tous les chefs de son dispositif.

La procédure a été clôturée par ordonnance en date du 18 août 2026.

Dans ses dernières conclusions, notifiées et déposées par voie électronique en date du 23 juillet 2026, auxquelles il convient de se référer pour un plus ample exposé des moyens, l’URSSAF demande à la cour de :

Infirmer le jugement déféré,

Statuant à nouveau,

Débouter M. [L] de toutes ses demandes,

En tout état de cause,

Le condamner à lui régler la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile,

Le condamner aux dépens.

Dans ses dernières conclusions, notifiées et déposées par voie électronique en date du 21 septembre 2022, auxquelles il convient de se référer pour un plus ample exposé des moyens, M. [L] demande à la cour de :

Infirmer le jugement déféré en ce qu’il a fixé à la somme de 6000 euros les dommages et intérêts dus par l’URSSAF en réparation de son préjudice financier,

Statuant à nouveau,

Juger que l’URSSAF lui versera la somme de 15.000 euros en réparation de son préjudice de perte de chance financière,

Infirmer le jugement déféré en ce qu’il a fixé à la somme de 4000 euros les dommages et intérêts dus par l’URSSAF en réparation de son préjudice moral,

Statuant à nouveau,

Juger que l’URSSAF lui versera la somme de 10.000 euros en réparation de son préjudice moral,

Confirmer le jugement en ses autres dispositions,

Débouter l’URSSAF de toutes ses demandes,

Condamner l’URSSAF à lui verser la somme de 3.500 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile,

Débouter l’URSSAF de sa demande au titre de l’article 700 du code de procédure civile,

Condamner l’URSSAF aux entiers dépens de la présente instance avec distraction,

Débouter l’URSSAF de sa demande au titre des dépens.

MOTIFS

Sur le droit à indemnisation de M. [L]

Moyens des parties

M. [L] expose que les conditions d’engagement de la responsabilité civile délictuelle de l’URSSAF sont réunies, la faute du RSI étant reconnue, outre que cet organisme a continué à s’adresser à lui en qualité de gérant de la Sarl [1] dissoute depuis février 2009, à lui adresser les courriers au siège de cette ancienne société, ou encore à le confondre avec un homonyme.

Il estime que son préjudice est suffisamment justifié, les sommes réclamées représentant plus de 60% de ses revenus professionnels, sans compter les majorations de retard mises à sa charge et une saisie vente de ses biens, ajoutant à cela un réel préjudice moral en raison de ses difficultés financières et du litige consécutif à ce recouvrement.

L’URSSAF expose qu’aucune faute au sens des dispositions de l’article 1240 du code civil n’est établie, la seule reconnaissance d’une erreur de ses services n’étant pas constitutive d’une négligence grave ou d’une faute lourde.

Elle estime qu’en professionnel aguerri, M. [L] aurait dû s’inquiéter de l’absence d’appel à cotisations.

Elle conteste par ailleurs le préjudice retenu et invoqué par M. [L], considérant que ni la perte de chance financière ni le préjudice moral alloués ne sont démontrés et indique que le RSI a tenu compte de la situation de M. [L] lui proposant un délai de paiement.

Réponse de la cour

Aux termes de l’article 1240 du code civil, tout fait quelconque de l’homme qui cause à autrui un dommage oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer.

Pour rapporter la preuve de la faute commise par le RSI, M. [L] produit aux débats le courrier que lui a adressé l’organisme le 10 décembre 2012, lui indiquant « les éléments administratifs en notre possession, relatifs à votre situation professionnelle, ont été analysés par nos services comme une cessation de votre activité. Cette analyse s’avère erronée. Elle a conduit, à radier, à tort, votre compte dans nos fichiers.

Nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour cette erreur et les désagréments qu’elle a pu vous occasionner.

Nous procédons donc à l’annulation de cette radiation, (‘)

Vous recevrez prochainement le détail du calcul de vos cotisations et leur appel de règlement. »

Effectivement, le lendemain, le RSI lui a adressé un courrier indiquant que son compte était débiteur de 16 864 euros au titre de l’exercice 2010, et il lui était demandé de régler cette somme au plus tard le 11 mars 2013 faute de quoi des majorations de retard seraient appliquées.

Un deuxième courrier également daté du 11 décembre 2012 contenait les cotisations de l’exercice 2011 d’un montant de 6 977 euros à régler dans le même délai, et un troisième envoi contenait les cotisations de l’exercice 2012, d’un montant de 17 594 euros.

L’URSSAF avance injustement que la radiation erronée n’a duré que quelques jours. En effet, comme exposé plus avant, M. [L] a reçu le même jour les appels de cotisations des années 2010, 2011 et 2012, l’organisme ayant manifestement relevé son erreur en décembre 2012, le conduisant à en informer M. [L] et immédiatement, comme annoncé, à lui adresser des appels de règlement.

Une faute a donc été commise tenant à radier par erreur M. [L] du registre du RSI et ensuite à lui solliciter le paiement de trois années de cotisations en un seul délai de trois mois, le texte susvisé n’exigeant pas la démonstration d’une négligence grave ou d’une faute lourde contrairement à ce qu’avance l’appelant.

Il est en outre justement relevé par M. [L] que les erreurs du RSI, lui écrivant en qualité de gérant de la SARL [1] alors qu’il ne l’était plus depuis février 2009, date de sa dissolution, et à l’adresse du siège de la liquidation de cette société, ont accru sa confusion et lui ont laissé penser que les cotisations étaient dues par la société liquidée.

Le tribunal a toutefois justement relevé que cette faute n’a pu causer un préjudice financier tenant au paiement des cotisations, M. [L] ayant exercé une activité durant cette période ayant justifié les appels qui lui ont été, certes tardivement, adressés. En outre, cette créance qui a été contestée par M. [L] a été admise et reconnue par le tribunal des affaires de la sécurité sociale des Alpes de Haute Provence par jugement du 20 avril 2016.

Cette faute a en revanche causé un préjudice financier à M. [L] s’analysant en une chance de régler ses cotisations de façon échelonnée, cette perte de chance devant être évaluée à 95%. M. [L] justifiant à l’occasion de la présente instance de la baisse de ses revenus à compter de 2012 et de la délivrance d’un commandement aux fins de saisie-vente de ses biens par l’URSSAF le 22 novembre 2018 compte tenu de sa difficulté à régler les sommes dues.

Le jugement sera donc confirmé en ce qu’il a alloué la somme de 6 000 euros à M. [L] en réparation du préjudice financier subi du fait du manquement commis par les services du RSI.

Il convient par ailleurs de prendre en considération la sidération suscitée par la réception de ces courriers datés du même jour, et lui accordant un délai de trois mois pour régler trois années de cotisations, ainsi que les tracas générés par les procédures de recouvrement initiées à son encontre. Ainsi, l’allocation de la somme de 4 000 euros est de nature à réparer le préjudice moral subi consécutivement à la faute commise par le RSI.

Le jugement sera donc également confirmé de ce chef.

Sur les frais du procès

Les dispositions du jugement, relatives aux dépens et aux frais irrépétibles, sont confirmées.

Succombant, l’URSSAF sera condamné aux entiers dépens de l’instance.

Il sera par ailleurs condamné à régler la somme de 3 000 euros à M. [L] en application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile et corrélativement sera débouté de sa demande à ce titre.

PAR CES MOTIFS

La cour,

Confirme le jugement déféré en toutes ses dispositions soumises à la cour ;

Y ajoutant,

Condamne l’URSSAF Provence Alpes Côte d’Azur aux entiers dépens d’appel et accorde aux avocats qui en ont fait la demande, le bénéfice de l’article 699 du code de procédure civile ;

Condamne l’URSSAF Provence Alpes Côte d’Azur à régler à M. [X] [L] la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l’article 700 du code de procédure civile ;

Déboute l’URSSAF Provence Alpes Côte d’Azur de sa demande fondée sur les dispositions de l’article 700 du code de procédure civile.

La greffière, La présidente,

Face à l'URSSAF, la CGSS, la MSA, la CPAM, consultez un Avocat Spécialiste : réservation sur rocheblave.fr

Face à l’URSSAF, la CGSS, la MSA, la CPAM…

Consultez un Avocat Spécialiste

Maître Eric ROCHEBLAVE, avocat au Barreau de Montpellier, spécialiste en droit du travail et en droit de la sécurité sociale et de la protection sociale. Consultation par téléphone, partout en métropole et outre-mer, après étude préalable de vos pièces.

995 € HT, étude préalable de vos pièces comprise

Réservation sur rocheblave.fr

Couverture du livre Contester un redressement URSSAF, édition 2027, par Maître Eric ROCHEBLAVE

Entreprises, dirigeants, indépendants face à l’URSSAF

Le livre de Maître Eric ROCHEBLAVE : Contester un redressement URSSAF

Édition 2027. Les vices de procédure qui peuvent annuler un redressement, acte par acte, de l’avis de contrôle à la saisie. Plus de 400 décisions de justice citées.

Ebook PDF de 244 pages · 99 € TTC · Livraison immédiate

En vente sur rocheblave.info

L’auteur

Eric ROCHEBLAVE

Avocat spécialiste en droit du travail et en droit de la sécurité sociale et de la protection sociale, inscrit au Barreau de Montpellier, Maître Eric Rocheblave défend les entreprises, les dirigeants, les indépendants et les professionnels de santé face à l’URSSAF, la CGSS, la MSA et la CPAM : contrôle URSSAF, lettre d’observations, redressement, mise en demeure, contrainte, travail dissimulé, indu. Sa méthode : rechercher le vice de procédure qui fait tomber le redressement. Il intervient partout en France, en métropole et outre-mer (Antilles, Guyane, La Réunion, Mayotte, Polynésie française), et il est l’auteur du livre « Contester un redressement URSSAF » (édition 2027).

Avis clientsRevue de presseTous ses articles

Lauréat de l’Ordre des Avocats du Barreau de Montpellier et de la Faculté de Droit de Montpellier · DESS Droit et Pratiques des Relations de Travail · DEA Droit Privé Fondamental · DU d’Études Judiciaires · DU de Sciences Criminelles · DU d’Informatique Juridique